Quelques mots à propos de l’Ethique

Publié par

Une éthique est une recherche, par un raisonnement conscient,  d’une manière de conduire sa vie afin de pouvoir accéder à un « bien-vivre ». C’est ce que Spinoza propose dans son ouvrage.

S’il y a nécessité d’élaborer une telle manière de se conduire, c’est que chacun de nous expérimente la difficulté de vivre que Spinoza situe dans  notre passivité par rapport à nos sentiments, et qu’il appelle la servitude humaine. Ce n’est évidemment qu’une constatation banale. L’originalité de Spinoza se trouve dans la réconciliation qu’il apporte entre l’affectif et la raison. En fait, Spinoza est le philosophe de la réconciliation : réconciliation de l’homme avec la nature, de l’esprit et du corps, de l’intelligible et du sensible, donc de l’homme avec lui-même, et enfin, de l’homme avec la société humaine. Ce processus de réconciliation lui permet d’élaborer une stratégie de libération de l’homme de sa servitude. Cette stratégie est le sujet principal de son « Éthique ».

Cependant, afin d’asseoir ses conclusions sur une démarche incontestable, Spinoza adopte dans l’Ethique un développement hypothético-déductif calqué sur celui des livres de géométrie d’Euclide, ce qui fait de cette œuvre un spécimen unique dans les écrits mondiaux mais qui en rend aussi la lecture singulièrement difficile.

Quoiqu’il en soit, le cheminement proposé pour exposer la servitude humaine et le processus de libération, s’effectue en cinq étapes qui correspondent chacune à une partie de l’Ethique.

La première partie : l’ontologie (la théorie de l’Être).

Pour Spinoza, la certitude absolue, point de départ logique et ontologique, ce n’est pas le moi qui pense, le « cogito » cartésien, mais la position de la totalité de l’être, la Nature, être intelligible cause immanente de tout (elle produit du dedans tout ce qui existe, il n’y a pas de créateur « extérieur » à la Nature, « transcendant », comme le ou les dieux créateurs des religions). Le spinozisme est un rationalisme absolu (la raison peut, en théorie, tout comprendre) et un déterminisme absolu (toute cause a un effet et tout effet provient d’une cause). La Nature est donc la puissance absolue d’exister et aussi seule cause absolument libre, si l’on entend par liberté le fait d’agir par la seule nécessité de sa propre complexion. La liberté n’est pas sans loi, elle est législation interne.

La deuxième partie : l’anthropologie (la théorie de l’homme).

L’homme est un produit de la Nature, il n’est pas « un Empire dans un Empire » et est donc soumis à la détermination universelle. Il est formé d’un esprit et d’un corps, l’esprit n’étant rien d’autre qu’une idée, idée dont l’objet est le corps. En tant que partie de la Nature, il est aussi un « degré de puissance », capable de produire des effets qui découlent de sa propre complexion.

La troisième partie : la psychologie (la théorie des sentiments).

Spinoza s’y propose d’étudier la vie affective de l’homme comme tout autre phénomène naturel. Il s’agit pour nous d’une partie très pratique que nous utiliserons intensément. C’est pourquoi nous y reviendrons plus longuement dans un prochain article.

La quatrième partie : la servitude humaine.

Spinoza y montre que la condition humaine est essentiellement servitude et impuissance, l’homme étant soumis aux causes extérieures qui le ballottent de sentiments en sentiments contradictoires tout au long de son existence. L’homme, degré de puissance, ne produit en réalité que très rarement des effets qui proviennent véritablement de sa nature propre. Il est essentiellement passif. Par exemple, un jeune qui entame des études dans le seul but de plaire aux exigences parentales, est dans la passivité ; il est dirigé par une cause extérieure à lui-même.

La cinquième partie : la libération.

Être libre, nous l’avons vu à propos de la Nature, c’est agir par la seule nécessité de sa propre complexion. Est donc libre celui qui produit des effets dont il est la véritable cause. Dans l’exemple précédent, notre jeune est libre s’il entame des études qui lui correspondent vraiment. Il passe alors de la passivité à « l’activité ».  Dans cette dernière partie, Spinoza montre comment l’homme peut développer sa puissance de comprendre afin de se rendre de moins en moins passif, de plus en plus actif.

Jean-Pierre Vandeuren

 

3 comments

  1. C’est chouette et compréhensible !
    J’apprécie le gros travail de vulgarisation entreprit par rapport au premier Opus.

  2. N’est-ce pas un peu rapide de dire que la raison peut, en théorie, tout comprendre? L’infinité des attributs de la substance lui reste inaccessible et la Raison n’est que la connaissance du second genre.

    1. Bonjour et désolé de vous répondre si tardivement. J’avais négligé de le faire de suite et j’ai oublié de le faire par après.
      C’est un des postulats sur lequel repose toute la philosophie de Spinoza que la Nature soit totalement intelligible. Il y a identité au sein de la substance unique entre Pensée et Étendue. Cette intelligibilité totale est évidemment théorique et non un fait. L’homme est un mode fini de la Substance et donc ne peut pas, en pratique, atteindre cette totalité infinie.
      Cordialement.

      Jean-Pierre Vandeuren

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s