Comment « voir le meilleur et l’approuver sans faire le pire » ? (4)

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Pour terminer ce sujet, il nous reste à envisager le cas où l’hypothèse de la proposition 10 de la cinquième partie, « Aussi longtemps que nous ne sommes pas dominés par des sentiments qui sont contraires à notre nature », n’est pas satisfaite. Comme le relève la preuve de cette proposition, les sentiments qui sont contraires à notre nature sont ceux qui nous empêchent de comprendre, puisque, selon la proposition 27 de la quatrième partie, « Nous ne savons avec certitude rien qui soit bon ou mauvais, sinon ce qui conduit réellement à comprendre, ou ce qui peut empêcher que nous comprenions ».

Un tel sentiment serait donc suffisamment vif que pour nous obscurcir l’entendement et bloquer notre capacité de réfléchir et de comprendre les choses. Il en est hélas souvent ainsi. C’est le cas, par exemple, des offenses que nous pensons subir et qui provoquent irrémédiablement une montée fulgurante de sang à notre cerveau, déclenchent une colère noire et un impétueux désir de vengeance. Toutes les atteintes à des universaux aussi vagues que dénués de caractère concret entrent dans cette catégorie : honneur, piété, …

Comment limiter la possibilité d’avènement de tels affects ?

A nouveau, c’est la méditation qui doit intervenir en amont, afin que le défaut de l’hypothèse de la proposition 10 ne puisse que le plus rarement possible se produire. Il nous faut donc imaginer, c’est-à-dire nous rendre présentes  les affections corporelles qui se produisent à l’occasion de la rencontre des causes extérieures qui pourraient engendrer de tels affects vifs, de façon à associer aux images ainsi produites des idées adéquates.

Si par exemple nous sommes très sensibles à toute remise en question de certains dogmes religieux, comme l’interdiction de représentation d’Allah pour un musulman, il nous faut imager être en présence d’une telle violation du dogme et y associer les idées adéquates de la cause extérieure et de l’affection que nous subissons à cette occasion. Ces idées adéquates, associées automatiquement à la situation imaginée, atténueront la vivacité de l’offense subie et créeront la série affective ordonnée selon l’entendement et qui court-circuitera la haine, la colère et les désirs de destruction … autant que faire se peut.

Jean-Pierre Vandeuren

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