La connaissance du troisième genre : quelques exemples (5)

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 4.  L’exemple psychologique : les affects

Nous sommes donc partis des attributs de la Substance et en avons déduit l’essence de l’union du Corps et de l’Esprit dans l’individu humain : l’Esprit est l’idée du Corps et aussi l’idée de son effort pour persévérer indéfiniment dans son être en augmentant sa puissance d’agir. Le Conatus de l’Esprit est l’idée du Conatus de son Corps : l’essence actuelle de l’Esprit est l’idée de l’essence actuelle du Corps. Le Conatus de l’Esprit est l’effort de faire et d’obtenir tout ce qui augmente la puissance du Corps et d’éviter tout ce qui la diminue. L’Esprit est conscient de cet effort et Spinoza l’appelle Désir. L’essence humaine n’est rien d’autre que cette impulsion consciente du développement de soi-même  et de sa puissance propre.

Mais cette impulsion se manifeste de nombreuses façons : certaines correspondent au but véritable de l’homme tandis que d’autres sont déviées de ce but, sont autodestructrices. Il est impossible pour Spinoza que quelqu’un veuille consciemment  sa propre destruction (« Une chose ne peut être détruite que par une cause extérieure » (Eth III, 4)), mais les passions peuvent l’y conduire puisqu’elles sont déterminées par la puissance des causes extérieures (« La force et l’accroissement d’une passion ainsi que sa persévérance à exister ne se définissent pas par la puissance par laquelle nous nous efforçons de persévérer dans l’existence, mais par la puissance d’une cause extérieure, comparée à la nôtre » (Eth IV, 5)) et que « la force par laquelle l’homme persévère dans l’existence est limitée et infiniment surpassée par la puissance des causes extérieures » (Eth IV, 3).

Il est des passions consistant dans le passage d’une moindre puissance d’agir à une plus grande : c’est ainsi qu’est défini l’affect de joie par son essence. La joie se spécifie ensuite en une variété d’affects parmi lesquels l’amour est prééminent : il est une joie, donc une amélioration de soi, accompagnée de l’idée d’une cause extérieure, objet de cet amour. L’essence de la chose particulière qu’est l’affect d’amour est ainsi atteinte. La connaissance du troisième genre l’a reliée à la connaissance divine par le chemin suivant : de l’essence divine (Puissance) et du concept des attributs L’Ethique a déduit l’essence de l’esprit en tant qu’idée du Corps et l’essence de l’homme comme Désir ; de là elle a déduit la nature de l’affect de joie, dont il a découlé enfin celle de l’amour.

De même il est des passions qui entraînent un passage à une puissance moindre d’agir, dont la principale est la tristesse à laquelle s’unit la haine. Toutes les passions que Spinoza analyse en détail dérivent du Désir, de la joie et de la tristesse et sont donc déduites de la connaissance de la nature divine : la psychologie rationnelle spinoziste est une connaissance du troisième genre.

Ainsi les déductions effectuées à partir de cette psychologie prolongeront la chaîne des déductions qui part de « la connaissance adéquate de l’essence formelle des attributs » et elles aboutiront nécessairement à la connaissance de l’essence d’une chose particulière ayant trait à la psychologie humaine …

5. L’exemple du manipulateur pervers narcissique

La manipulation perverse narcissique est une manifestation particulière et déterminée de la psychologie humaine à laquelle nous avons consacré six articles antérieurement. Partant des effets constatés de cette manifestation et par lesquels les psychologues classiques la caractérisent, nous l’avons identifiée et définie comme étant, dans le cadre de la psychologie rationnelle spinoziste, un « orgueil suprême » (voir le troisième article de la série) :

« En conclusion, la définition spinoziste du manipulateur pervers narcissique pourrait se réduire à celle d’un narcissique excessif, ou d’un « suprême orgueilleux » dans le langage de l’Ethique, puisque c’est la présence de l’excès de focalisation sur sa propre image qui engendre l’excès de la perversité vue comme passage de l’ambition « saine » à l’ambition de domination, la manipulation n’étant, elle, que le moyen nécessaire utilisé pour favoriser ce passage. »

A partir de cette définition, nous avons pu, dans les articles suivants, déduire tous les effets observés par les psychologues traditionnels comme étant des conséquences de cette définition.

Notre définition atteint l’essence de cette manifestation psychologique en la déduisant in fine de la connaissance de l’essence divine ainsi qu’il est expliqué dans l’exemple précédent. Il s’agit donc bien d’une connaissance du troisième genre.

Jean-Pierre Vandeuren

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