Méthode spinoziste pour aborder nos problèmes existentiels (5)

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Le travail de la la raison descriptive

D’abord le corps

Le premier symptôme est bien l’épuisement physique consécutif à un surinvestissement en temps et en énergie dans le travail professionnel. Mais ce qui est caractéristique, c’est que cet épuisement physique ne se résorbe pas même grâce à un long repos. Après tout, il y a beaucoup de causes qui peuvent nous épuiser. Un marathonien sort souvent complètement épuisé de sa course de 42 km et quelques mètres. Mais une ou deux bonnes nuits de repos le remettent infailliblement sur pied.

En fait, l’épuisement physique consécutif à un surinvestissement dans le travail s’identifie toujours avec une tension, un stress, entre deux pôles perceptif, celui des contraintes imaginées dans le milieu professionnel et celui imaginé des contraintes des ressources propres de l’individu, physiques comme émotionnelles. La biologie a réussi à démonter les mécanismes corporels provoqués par le stress et qui engendrent la destruction progressive du corps et le maintiennent dans un état de puissance diminuée. On est loin de l’ignorance du temps de Spinoza dans le domaine du corps : « Personne, en effet, n’a déterminé encore ce dont le corps est capable ; en d’autres termes, personne n’a encore appris de l’expérience ce que le corps peut faire et ce qu’il ne peut pas faire, par les seules lois de la nature corporelle et sans recevoir de l’âme aucune détermination. Et il ne faut point s’étonner de cela, puisque personne encore n’a connu assez profondément l’économie du corps humain pour être en état d’en expliquer toutes les fonctions » (Eth III, 2, Scolie).

Voici, à titre informatif, ces mécanismes (http://ecosociosystemes.fr/stress.html) :

Normalement, lorsqu’un être vivant reçoit une information pertinente de son environnement, il y répond de manière à en supprimer les effets.

Le stress s’installe progressivement quand il devient difficile,
voire impossible d’agir sur un élément indésirable dans
l’environnement, afin de le contrôler et de le faire disparaître.

Les informations que nous envoie notre environnement sont les facteurs écologiques par lesquels une espèce donnée peut être plus ou moins affectée, selon l’intensité du facteur écologique et son état physiologique du moment. Ainsi quand un individu a froid, il cherchera à se réchauffer, s’il a faim, il cherchera de quoi se nourrir, s’il est menacé dans son intégrité, il fuira ou luttera, etc.

Mais pour supprimer ou modifier une information en provenance de l’environnement et la neutraliser, l’être vivant doit agir, c’est-à-dire émettre une réponse motrice en direction de l’environnement. Il arrive souvent que la réponse motrice à produire soit de faible intensité (activité manuelle ou langagière réduite). Parfois, la réponse à opposer doit être importante (combat, activité sportive, important discours ou travail intellectuel difficile). Dans tous les cas, les organismes sont toujours préparés physiologiquement à ces réponses. Cette préparation est de nature hormonale et met en jeu le cerveau hypothalamo-hypophysaire.

Pour agir, un être vivant a très intérêt à disposer de tous ses moyens, musculaires, circulatoires, respiratoires, etc. S’il est obligé de capturer une proie, lutter contre un ennemi ou affronter un adversaire, un être vivant gagne à être prémuni contre la douleur des coups, de griffes ou des dents.

Pour cela, les vertébrés disposent d’hormones qui sont l’adrénaline et les corticoïdes. L’adrénaline peut être considérée comme l’hormone de l’action. Elle agit sur les fonctions cardio-vasculaires, les muscles, les fonctions respiratoires, etc. Les corticoïdes sont surtout des anti-inflammatoires et aident l’animal à moins ressentir la douleur et donc à l’accepter.

Ces deux hormones sont sécrétées respectivement par la médullo-surrénale et la cortico-surrénale. Cette sécrétion est sous le contrôle d’une hormone hypophysaire : l’ACTH ou Hormone Adréno Cortico Trophique.

L’ACTH est libérée dans la circulation aussitôt qu’un individu est sollicité pour agir. Cette hormone déclenche la sécrétion des hormones surrénaliennes qui sont normalement consommées à mesure que l’action qui les exige, se prolonge. La relation ACTH / hormones surrénaliennes s’inscrit parfaitement dans une régulation par rétroaction où le mécanisme rétroagissant est le déroulement de la réponse motrice agissant sur le facteur environnemental qui l’a initié.

La sécrétion d’ACTH est sous la dépendance d’un facteur de relargage hypothalamique connu sous le nom de CRF dont la sécrétion dépend probablement de la manière dont l’animal perçoit l’intensité du facteur auquel il va devoir répondre.

Mais il arrive, sous certaines conditions, que l’animal ne puisse pas répondre et par conséquent ne puisse pas agir sur le facteur environnemental qui le perturbe. Pourtant et parce que le facteur environnemental est présent, le cerveau hypothalamique sécrète la CRF, l’hypophyse produit de l’ACTH et les surrénales libèrent de l’adrénaline et des corticoïdes. Ces hormones ne sont pas consommées, faute d’action, et par conséquent, continuent de circuler et d’agir dans l’organisme. En d’autres termes, ces hormones exigent une action, mais celle-ci ne peut pas faire disparaître le facteur gênant dans l’environnement lequel continue de perturber l’animal et de libérer la CRF. On est là devant un bon exemple de  » régulation  » en tendance.

Si l’animal est trop longtemps dans l’impossibilité d’agir sur le facteur environnemental, l’accumulation de corticoïdes surtout, mais aussi la permanence de l’action adrénergique se traduisent par un syndrome psychosomatique connu sous le nom de stress.

Chez l’homme, l’impuissance à agir sur les facteurs environnementaux tient le plus souvent à des événements pour lesquels l’action est rendue impossible, le plus souvent à cause de diverses et toujours fortes inhibitions sociétales, c’est-à-dire parce que l’action est illégale ou parce que l’action est mal vue socialement.

Ce peuvent être des agressions, des abus y compris des abus sexuels pour lesquels seules des actions en justice sont acceptées. Ce peuvent être des deuils, des pertes diverses, divorces, avortements, fausses couches, des pertes d’identité culturelle : immigration, émigration, exil, etc.

Les événements peuvent être liés à de forts traumatismes comme des accidents, des catastrophes naturelles ou technologiques, des prises d’otage, etc.

Les événements peuvent être liés à des ennuis de santé physique : blessures, accidents, handicaps, maladies dont les cancers et des opérations chirurgicales ablatives (sein, utérus, prostate) ; ou des ennuis de santé mentale : chagrin, humiliation, harcèlement, tracasseries, angoisses, etc.

Les événements peuvent être liés à diverses situations précaires découlant, par exemple, d’une perte d’emploi, d’un endettement et que l’on retrouve plus généralement chez les pauvres, les sans-abri, les chômeurs, les sans-papiers, les exclus, les victimes d’ostracisme, les anciens prisonniers, les jeunes en rupture de ban, les femmes ou les parents seuls, etc.

En outre, certaines situations considérées d’ordinaire comme plutôt heureuses prédisposent au stress : ce sont les périodes de grossesses et les périodes de post parturition pour certaines femmes. Ces situations stressantes sont très certainement à mettre en relation avec des dysfonctionnements transitoires des régulations hormonales.

Toutes ces situations, on le comprendra facilement, sont susceptibles d’affecter n’importe quel individu dans la société quel que soit son âge, sa condition sociale, son niveau d’études, sa profession ou sa situation familiale.

La réactivité des individus stressés est infinie.

Toutefois et d’une façon constante, on notera que les individus fortement stressés manifestent des réactions affectives d’abord d’anxiété, mais aussi de violence et d’hostilité à l’égard des autres et particulièrement de leurs proches ou de ceux qui tentent de les approcher ou de les aider, enfin des signes perceptibles de tristesse, de détresse, de désespoir et de démoralisation. Les tendances suicidaires sont fréquentes et les passages à l’acte réussis nombreux.

Les individus stressés manifestent aussi des troubles psychologiques, voire des troubles psychiatriques comme de la fatigue chronique, ou des manifestations d’épuisement, ou de la neurasthénie, ou des troubles maniaco-dépressifs, ou des manifestations dépressives quelquefois mineures jusqu’à la dépression majeure avec le suicide à la clé.

Les individus stressés sont des proies faciles pour diverses addictions au tabac, aux drogues diverses et surtout à l’alcool. Par ailleurs, ils souffrent souvent d’insomnies, de pertes d’appétit ou au contraire de boulimie, d’une diminution de la libido et de toutes une série de manies, troubles compulsifs qui les rendent vite insupportables pour leur entourage, ce qui accentue encore davantage la cause souvent initiale de leur stress : à savoir la sensation d’isolement.

Mais le pire, c’est qu’à côté de ces troubles déjà inquiétants, voire graves, vont s’installer durablement des maladies somatiques souvent très graves. La raison essentielle du développement de ces maladies tient à ce que les corticoïdes sécrétées en quantité chez l’individu stressé se comportent non seulement comme des anti-inflammatoires, mais aussi comme des immunodépresseurs.

Les individus stressés accumulent très vite des ennuis de santé qui vont de la fatigue chronique aux cancers foudroyants en passant par des céphalées, de l’asthme, du diabète, des ulcères, des MICI (inflammation chronique de l’intestin), diverses affections cardio-vasculaires et une sensibilité accrue aux infections bactériennes, virales, aux mycoses, aux zoonose, etc.

Jean-Pierre Vandeuren

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