Spinoza, théorème de Thomas, prophétie autoréalisatrice, effet Pygmalion et répétition des conduites d’échec (2)

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L’effet Pygmalion

Pygmalion, sculpteur chypriote de l’Antiquité, a créé, d’après la légende, une statue de femme d’une telle beauté qu’il en est tombé amoureux. Il a demandé aux dieux de donner vie à cette statue, nommée Galatée, et la déesse Aphrodite l’a exaucé. Son attente fut ainsi réalisée.

En pédagogie, l’effet Pygmalion, mis en évidence par les sociologues Rosenthal et Jacobson, est une prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire.

Le problème est d’importance, car si les enfants des milieux défavorisés réussissent moins bien à l’école que les enfants des milieux favorisés, la cause pourrait ne pas être uniquement liée aux carences de ces enfants et de leurs milieux, mais se trouver également dans les attentes de leurs professeurs.

Les psychologues utilisent aussi les prophéties autoréalisatrices pour expliquer :

La répétition des conduites d’échec 

Entre  » toujours remettre les pieds dans les mêmes sabots  » ou  » mais qu’est-ce que j’ai fait au ciel pour mériter ça ? « , les expressions ne manquent pas pour signaler que certaines personnes se trouvent inlassablement confrontées aux mêmes difficultés.
Comment expliquer qu’une personne qui a  » tout pour être heureuse  » ne le soit pas ou que telle autre dotée d’un quotient intellectuel mesuré supérieur à la moyenne se retrouve en échec scolaire, ou que telle autre aille d’échec sentimental en rupture douloureuse ou d’abandon en abandon ?

Parfois nous connaissons ce qui nous rend malheureux et ne faisons pas ce qui pourrait changer (« … si elles ne savaient pas par expérience qu’il nous arrive souvent de faire telle action dont nous nous repentons ensuite, et souvent aussi, quand nous sommes agités par des passions contraires, de voir le meilleur et de faire le pire » (Eth III, 2, Scolie)).

Pourquoi reproduire sciemment les mêmes erreurs ? Comment en finir avec ce scénario répétitif ?

C’est que certaines personnes, conformément au théorème de Thomas, ne peuvent envisager la réalité que sous des « scénarios » que la vie leur a inculqués, à un moment ou l’autre. Leur réalité est soumise à ces scénarios nés de leur perception imaginative du réel.

Ainsi de ces femmes qui épousent et réépousent des hommes alcooliques aussi violents que leur père intempérant ou de ces hommes soumis aux ambitions familiales, qui, après une réussite sociale importante, font une dépression avec un profond sentiment d’échec et d’imposture.

Figée dans son rôle, la personne scénarisée va maintenir des relations stéréotypées et insatisfaisantes avec les autres. Surtout si ce rôle a une fonction dans un groupe, ou dans un couple qui met en scène un jeu sans fin. Ainsi la victime du devoir, la femme parfaite, le bouc émissaire, le loser, le battant, le macho, la victime, le violent, le séducteur, le séduit ou la séduite et abandonné(e) …

Ce problème existentiel de répétition des conduites d’échec se trouve ainsi également inséré dans la théorie spinoziste et peut y gagner un puissant outil pratique de résolution : voir notre série d’articles Méthode spinoziste pour aborder nos problèmes existentiels.

Jean-Pierre Vandeuren

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