Le langage : les maux des mots, les mots des maux et les mots qui sauvent (1/8)

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Encore des mots

Ebauche de mots
Sur une débauche de maux
Maux débiles du passé
Mobiles dans nos pensées

Mots tus et bouche cousue
Sur des maux inconnus
Envie de te mots dire
Dans un faire-part de plaisir

Désir de te modéliser
Dans un tendre mots-croisés
Ou un coquin chassé-croisé
Fleurs de mots froissés

Mots d’amour rares
Que dans un élan je m’accapare
Mots quelques peu barbares
Qui me désemparent

Maux imaginaires
Dans un délire que je modère
Mots qui fusent et rusent
Hypnotisent comme la méduse

Maux sans suite
Pour mots en fuite…

Mél

Introduction par un florilège de mots

Jusque dans la moindre de ses expériences, l’homme est affecté par le langage qu’il utilise.

C’est que l’Esprit ne se connaît lui-même qu’en se projetant sur des plans de langage, qui tout à la fois le traduisent et le trahissent. Penser ne se sépare pas d’exprimer, mais on ne peut s’exprimer qu’à l’aide de schèmes qu’on reçoit des autres et que la coutume et l’usage ont empreints. Et ces langages qui préexistent à la pensée et qui la transmettent ensuite, secrètent une sorte de pensée seconde qui risque d’abuser.

Depuis les Grecs, et singulièrement depuis Platon avec Le Cratyle, nombre de penseurs se sont penché sur le langage, ses origines, son importance, les maux et les biens qu’il peut engendrer.

Passons en revue quelques citations illustrant leurs réflexions.

De l’origine des mots

Où l’on voit s’opposer deux conceptions : l’arbitraire des mots et leur motivation.

Platon dans le discours de Cratyle y expose les deux points de vue:

             Hermogène : « Les mots sont arbitraires ».

             Cratyle : « les mots sont une peinture des choses, ils ressemblent à ce qu’ils      

                               signifient, ce sont des symboles ».

Ferdinand de Saussure : « La langue est une convention et la nature du signe dont est convenu est indifférente ».

Darwin : « Je ne puis douter que le langage trouve son origine dans l’imitation et la modification des divers sons naturels, des voix d’autres animaux et des propres cris instinctifs de l’homme, avec l’appui de signes et de gestes (…) sur la base d’une analogie très étendue, nous pourrions en conclure que ce pouvoir se serait tout particulièrement exercé à l’occasion de la cour entre les sexes – qu’il aurait exprimé diverses émotions telles que l’amour, la jalousie, le triomphe – et qu’il aurait servi à défier ses rivaux. Il est probable donc que l’imitation des cris musicaux au moyen de sons articulés a donné naissance à des mots exprimant diverses émotions complexes (…) n’est-il pas possible qu’un singe exceptionnellement sagace ait imité le grognement d’une bête de proie et qu’il ait ainsi prévenu ses camarades singes de la nature du danger à attendre ? Ceci aurait été un premier pas dans la formation du langage ».

Raymond Queneau : « Les plaintes de la souffrance sont à l’origine du langage ».

Françoise Dumas : « de proche en proche, l’étymologie renvoie chaque mot à des expériences de plus en plus archaïques qui ne peuvent être que celles de nos sens et des relations de notre corps au monde ».

Henry de Montherlant : « Nos émotions sont dans nos mots comme des oiseaux empaillés ».

De l’importance des mots

L’instrument essentiel par lequel s’instaurent et se développent les interactions humaines est la communication par le langage, vectrice de transmission d’idées, d’informations, de sentiments. Le langage est une navette informative qui relie les hommes et représente le fondement de toute civilisation humaine.

Evangile selon Saint Jean : « Au commencement était le Verbe … Et le Verbe était Dieu … Le Verbe était la véritable Lumière qui éclaire tout homme … Et le Verbe s’est fait chair ».

« Le verbe crée ».

Le Coran : « La Shahâdah, la clef du Paradis, ouvre toutes les portes de la Parole de Dieu ».

Victor Hugo : « Car le mot c’est le Verbe et le Verbe, c’est Dieu ».

L’alphabet de Victor Hugo : « Au loin sur les croupes âpres et vertes du Jura, les lys jaunes des torrents desséchés dessinaient de toutes parts des Y. Avez-vous remarqué combien l’Y est une lettre pittoresque qui a des significations sans nombre ? L’arbre est un Y, l’embranchement de deux routes est un Y, le confluent de deux rivières est un Y, une tête d’âne ou de bœuf est un Y, un verre sur son pied est un Y, un lys sur sa tige est un Y, un suppliant qui les bras au ciel est un Y. Au reste cette observation peut s’étendre à tout ce qui constitue élémentairement l’écriture humaine. Tout ce qui est dans la langue démotique y a été versé par la langue hiératique. Le hiéroglyphe est la racine nécessaire du caractère. Toutes les lettres ont d’abord été des signes et tous les signes ont d’abord été des images. La société humaine, l’homme tout entier est dans l’alphabet. La maçonnerie, l’astronomie, la philosophie, toutes les sciences ont là leur point de départ, imperceptible, mais réel ; et cela doit être … L’alphabet est une source, A, c’est l’arche, arx, c’est l’accolade de deux amis qui s’embrassent et qui se serrent la main … D, c’est le dos ; E, c’est le soubassement, le pied-droit, la console et l’architrave, toute l’architecture, à plafond dans une seule lettre ; F, c’est la potence, la fourche ; G, c’est le cor … ; O, c’est le soleil ; P, c’est le portefaix, debout avec sa charge sur le dos ; S, c’est le serpent ; U, c’est l’urne … ; X, ce sont les épées croisées, c’est le combat, qui sera vainqueur ? on l’ignore, aussi les hermétiques ont-ils pris X pour le signe du destin, les algébristes pour le signe de l’inconnu ; Z, c’est l’éclair, c’est Dieu … Ainsi, d’abord la maison de l’homme et son architecture, puis le corps de l’homme, et sa structure … puis la justice, la musique, l’église, la guerre, la moisson, la géométrie … le cheval et le serpent, le marteau et l’urne, qu’on renverse et qu’on accouple et dont on fait la cloche ; les arbres, les fleuves, les chemins ; enfin, le destin et Dieu, – voilà ce que contient l’alphabet ».

Goethe : « Le langage fabrique les gens bien plus que les gens ne fabriquent le langage ».

René Char : « Les mots savent plus de choses sur nous que nous n’en savons d’eux ».

Emile Benveniste : « Le langage est l’essence de l’homme ».

Rivarol : « Le langage est la peinture de nos idées ».

Freud : « C’est par la langue que l’essentiel se révèle ».

Kipling : « Le mot est la plus puissante des drogues de ce monde ».

Jean-Pierre Vandeuren

2 comments

  1. Très intéressante votre introduction.
    J’aimerais également citer Morin : « Le langage dépend des interactions entre individus, lesquelles dépendent du Langage. Le langage dépend des esprits humains, lesquels dépendent de lui pour émerger en temps qu’esprit. Nous faisons le langage qui nous fait. »
    Dans l’attente de vous lire.

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