Le langage : les maux des mots, les mots des maux et les mots qui sauvent (8/8)

Publié par

Prolongements possibles

Cette « psychanalyse des mots » initiée par Christian Dufour est interpellante. On s’étonne, on doute, on s’interroge, on vérifie et on finit par se laisser convaincre de vouloir poursuivre cette étude, par exemple en l’insérant dans un cadre spinoziste qui justifie sa démarche, en testant la validité du code pour d’autres langues que le français, mais aussi en l’utilisant de suite en tant que prolongement d’une approche étymologique que nous avons déjà proposée pour un enseignement spinoziste du vocabulaire (voir essai de pédagogie spinoziste (4)).

Nous y utilisions l’exemple du mot « fonte » :

Prenons le mot « Fonte ».

Au niveau étymologique, ce mot a deux origines distinctes : d’une part, le latin « fundita », participe passé de « fundere », fondre (cela remonte à 1488) et d’autre part, en 1752, l’italien « fonda », bourse.

D’où, un premier sens, dérivé de la première origine : le fait de fondre (ex : la fonte des neiges). Ce sens s’est spécialisé une première fois pour désigner l’opération qui consiste à fondre les métaux par l’action de la chaleur (fusion, 1551), lui-même spécialisé en l’obtention d’un alliage de fer et de carbone au moyen de cette fusion (XVIe siècle). Il s’est spécialisé une seconde fois dans l’imprimerie (1680), pour désigner un ensemble de caractères d’un même type (fondus ensemble).

Le second sens, dérivé de la seconde origine a donné « les fontes », les deux fourreaux attachés à l’arçon d’une selle pour y placer des pistolets.

Cela se résume mieux par un schéma :

                                                                     Fonte

                                                                   ⁄             ↘

Niveau étymologique                      fundita        fonda

                                                         ⁄                                 ↘

Premier sens                    Le fait de fondre                         Les fontes

Sens dérivés                         ⁄                 ↘

Spécialisation               Fusion              Imprimerie

Sous-spécialisation           ↓

                                  La fonte (alliage)

On pourrait à présent prolonger cette étude par l’étymologie que suggère l’approche de Christian Dufour à partir de ses codons et de leur syntaxe, étymologie qui serait une remontée dans le langage « primitif » et qui pourrait nous fournir une résonnance des émotions et des schémas géométriques à l’origine du mot.

Ainsi, en abordant de façon directe le mot français « fonte », celui-ci se décompose en f/on/ot/e, se lit de droite à gauche comme ot-on-f  (en utilisant une règle syntaxique de distribution des consonnes sur une voyelle que je n’ai pas mentionnée et en négligeant le « e » muet) et se traduit par « ôte la couverture par la chaleur », ce qui correspond bien au premier sens du mot (le fait de fondre) et qui éveille l’imagination de nos ancêtres  voyant la couverture de neige recouvrant le sol fondre sous la chaleur du soleil printanier et voulant exprimer cette vision en rassemblant plusieurs onomatopées.

Pour ce qui est du deuxième sens (les fontes), il faut prendre le mot avec son orthographe au pluriel et alors il se décompose en f/on/ot/es, se lit de droite à gauche comme es-ot-on-f et se traduit par « penchant à manifester ce qui est recouvert », ce qui correspond à nouveau bien au sens du mot, les fontes étant des poches situées de part et d’autre de la selle et dans lesquelles on dissimulait les pistolets.

Maintenant, pour que cette étymologie « primitive » directe soit en cohérence avec l’étymologie plus récente (fundita et fonda), il faut appliquer la première sur la seconde, c’est-à-dire l’appliquer directement aux mots latins et italiens, fundita et fonda.

Fundita se lit en codons de droite à gauche comme a-it-ud-un-f et se traduit par « aller, par le feu, vers ce qui est caché, recouvert ou absent », ce qui est cohérent avec l’approche directe sur le mot français « fonte ».

Fonda, od-on-f, se traduit par « vogue à manifester ce qui est recouvert ou absent », ce qui est à nouveau assez cohérent avec l’approche directe.

Le schéma repris plus haut peut alors se compléter :

Aller, par le feu, vers ce qui est caché,                      Vogue à manifester ce qui est recouvert ou absent                                                             recouvert ou absent

                                  ↘                                                                    ⁄

                                          ↘                     Fonte                     ⁄

                                                      ↘        ⁄             ↘        ⁄

Niveau étymologique second      fundita        fonda

                                                         ⁄                                 ↘

Premier sens                    Le fait de fondre                         Les fontes

Sens dérivés                         ⁄                 ↘

Spécialisation               Fusion              Imprimerie

Sous-spécialisation           ↓

                                  La fonte (alliage)

Jean-Pierre Vandeuren

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s