Démocratie, populisme et démagogie : un point de vue spinoziste (3/4)

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Caractéristiques communes des discours dits « populistes » (mais que nous qualifierions plutôt de « démagogiques populistes »)

Préalablement, insistons sur la dépendance du populisme, ici vu sous l’angle d’un discours, vis-à-vis de la démocratie représentative. Celle-ci est la condition de celui-là : c’est le principe même du débat public visant à constituer une représentation majoritaire qui ouvre le champ au discours populiste comme moyen de séduction des masses.

De ce point de vue, le populisme n’est donc pas un régime politique mais une stratégie de conquête ou d’exercice du pouvoir sur fond de démocratie. Le populisme s’inscrit dans la parole démocratique dont il est une émanation.

Mais de ce point de vue aussi, le populisme peut être qualifié de mythe, au sens où nous l’avons défini dans nos articles Il faut sauver le mot Mythe (1 à 8) :

Le mythe est un discours qui met en scène un absolu en en métamorphosant le sens premier afin de notifier et d’imposer une intention à propos de cet absolu à une communauté afin que celle-ci y adhère de façon irrationnelle.

Un sujet politique émet ce discours : il s’agit en général d’un meneur charismatique, Le Pen, Hugo Chavez, Donald Trump, …

Ce discours s’adresse à une communauté qui est ici l’ensemble des électeurs dont il faut capter un maximum de voix.

Quant à « l’absolu », il s’agit de la « souveraineté du peuple ». On retrouve ici l’inscription totale du populisme au sein d’une démocratie (« démos », le peuple ; « cratos », le pouvoir ; le « pouvoir au peuple »). Mais peuple qui, actuellement est plus soumis que souverain, soumis à la fois aux dirigeants actuels et à des conditions de vie détériorées par une crise quelconque, sociale, économique ou de valeurs.

L’intention du discours est quadruple et est celle de tout discours politique en démocratie : délégitimer le ou les adversaires, re-légitimer le peuple, légitimer l’acteur politique qui le porte, le meneur, et, enfin, déclarer l’amélioration des conditions de vie dudit peuple par rapport à son état actuel malheureux.

L’adhésion au discours se fera de façon irrationnelle, donc passionnelle, au sens où il reposera sur les passions du « peuple » plutôt que sur la raison discursive. Pour ce faire le discours populiste se caractérise par l’utilisation de l’imaginaire collectif par le biais de quatre images génératrices de passions : le complot ou la source du mal (qui servira à la déligitimation des adversaires), l’unité (pour relégitimer le peuple), le chef (pour légitimer l’acteur politique) et l’âge d’or (pour le retour aux meilleures conditions de vie antérieures).

Le populisme doit précisément son succès à la remarquable mobilisation de ces quatre images: partout un «complot» (de la finance internationale, de Bruxelles, de l’Islam, des élites, de la bureaucratie, …) ; partout un «chef» providentiel pour le dénoncer et rétablir «l’Unité du Peuple» afin de retrouver un «Âge d’or» défunt et regretté (Make America great again!). Et partout la même rhétorique conséquence de l’unité du peuple à retrouver : la distinction rigide et conflictuelle entre «Eux» (que ce soit les immigrés, les musulmans, les patrons, les élites, «Bruxelles», etc.) et «Nous» (que ce soit le peuple, les faibles, les travailleurs, les Français etc.). Violence oratoire qui peut aisément déboucher sur la violence physique.

Donald Trump est exemplaire de la production de ce type de discours. Il est incontestablement un meneur, un leader (un chef). Figure charismatique représentant la réussite financière, sociale et familiale, il a su s’approprier les sentiments de la classe moyenne blanche en désarroi face à sa paupérisation, aux pertes d’emploi attribuées à la mondialisation et face à laquelle les élus actuels ne peuvent apporter aucune solution, mais qui, au contraire, en profitent pour conforter leur domination actuelle (le complot). Donald Trump propose de réunifier le peuple américain, quitte à en rejeter tous les éléments non « purs », les immigrés illégaux (l’unité) et lui faire retrouver sa grandeur et ses fastes d’antan (l’âge d’or).

Cette approche du concept de populisme est descriptive, elle décrit ce que nous considérons comme un de ses effets possibles et, in fine, l’identifie à un type de discours, la démagogie, ce qui, du fait même de cette identification, rend inutile le recours à ce concept et détruit ainsi ce qu’elle voulait décrire. Selon nous le populisme est plus qu’un certain type de discours. Il s’agit d’un mouvement émergent de la démocratie et qui lui est indissociablement lié – ce qui explique son apparition récurrente en tous lieux et en tous temps, et même en l’absence « apparente » de démocratie (ce qui nécessitera de s’interroger également sur la notion même de démocratie).

Pour arriver à montrer cela, il nous faudra partir d’où les politologues ne se donnent pas la peine de partir : un cadre socio-politique cohérent avec une anthropologie. Car la société et la politique sont faites par et pour des hommes. Il nous semble donc nécessaire de partir de ceux-ci pour remonter vers celles-là, sans prétendre qu’il n’y a pas de circulation en sens inverse, bien sûr.

Repartons du début …

Jean-Pierre Vandeuren

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