Incursion spinoziste en tramwayologie (5/9)

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Extraits de la Banque de dilemmes éthiques

En anthropologie

Proposé par  A. Mary.

Un chercheur en anthropologie se rend sur son terrain de recherche en Papouasie-Nouvelle Guinée dans une tribu voisine de celle des Baruya. Là, on y pratique ce que l’on pourrait appeler l’« avortement post-partum » : le fœtus n’est considéré comme humain qu’à partir du moment où, sorti du ventre de sa mère, il est touché par un homme de la tribu. Pour certaines raisons, le fœtus à peine né peut ne pas être touché (ça n’est alors pas un humain au regard des valeurs locales) et peut être abandonné et condamné sans que cela ait la valeur juridique de meurtre (le statut est peu ou prou celui d’un avortement). Les raisons pour lesquelles le fœtus est abandonné rejoignent à peu près celles qui motivent un avortement dans les sociétés occidentales contemporaines (difficultés économiques des parents, malformations du bébé, etc.) On précise par ailleurs que la méthodologie de cet anthropologue s’appuie sur l’« observation participante » qui exige que le chercheur s’imprègne de la culture de la société qu’il étudie en apprenant sa langue, ses coutumes, ses valeurs, etc., et en participant à la vie quotidienne, aux ritualités, etc.

Le chercheur témoin d’un tel avortement doit-il ou non « sauver » le bébé ? Que feriez-vous ?

En programmation informatique  (Le tramway hors contrôle version voiture autonome).

Proposé, entre autres cas, par  le site http://moralmachine.mit.edu/

Vous êtes programmateur informatique et chargé de la rédaction et de la mise en œuvre des spécifications de la réaction d’une voiture automatisée sans chauffeur en cas de danger frontal. On considère la situation suivante (les variantes sont nombreuses, le site répertorié en propose beaucoup) :

A bord de la voiture il n’y a qu’une personne. La voiture fonce vers  un groupe de cinq piétons traversant tranquillement la rue dans un passage zébré. En cas de collision, il est hautement probable que ces cinq piétons seront tués. La voiture peut être déviée sur le côté, mais alors elle heurtera un énorme bloc de béton et le passager sera certainement tué dans cette collision.

Comment prévoyez-vous de programmer la réaction de la voiture ?

En Automatique (mathématique-informatique)

Proposé par  I. Queinnec.

Vous êtes doctorant depuis un peu plus d’un an et vous avez déjà obtenu, avec votre directeur de thèse, de jolis résultats théoriques sur le contrôle de la dynamique d’un système le long d’une trajectoire. Il vient vous trouver pour vous informer qu’il a obtenu un contrat avec un grand groupe industriel pour travailler sur le contrôle d’avions de combat et veut vous intégrer au projet car vos résultats entrent parfaitement dans ce cadre.

Acceptez-vous ou non de vous intégrer dans ce projet en lien avec des applications militaires sachant qu’un refus de votre part mettrait en péril votre thèse, ou qu’au contraire accepter va donner de la valeur à cette thèse et vous ouvrir de nouvelles perspectives d’emploi  valorisantes et bien rémunérées?

En intelligence artificielle

Proposé par  Vincent Bonnemains.

Dans le cadre d’un conflit militaire, on sait par renseignement qu’une tourelle ennemie lance-missiles automatisée est programmée pour cibler une usine de munitions amie, de très haute importance stratégique. Un drone autonome armé ami a pour objectif de détruire cette tourelle. Or, avant que le drone n’ait atteint son objectif, un missile cible un hangar de vivres situé à proximité de civils.

Si le drone intercepte la trajectoire du missile, il évitera des dommages humains, mais sera détruit : il ne pourra ainsi pas réaliser son objectif de destruction de la tourelle, qui pourra cibler l’usine de munitions.

Si le drone continue sur sa trajectoire initiale, il pourra atteindre son objectif de destruction de la tourelle et ainsi protéger le site stratégique ; mais il laissera alors le premier missile détruire le hangar et blesser des humains.

Comment anticipez-vous la programmation du drone pour traiter un tel cas ?

En Archéologie

Proposé par  C. Varenne.

Vous êtes doctorant depuis un peu plus d’un an, vous travaillez sur un site archéologique dont les fouilles sont programmées suite à la construction d’un logement social avec parking qui peut potentiellement détruire toute trace du passé. Les premiers sondages révèlent des pistes intéressantes mais insuffisantes pour justifier une fouille programmée de grande ampleur.  Une grande partie des revenus de plusieurs entreprises qui ont gagné le marché public pour la construction de cet immeuble repose sur sa construction effective. Une attente trop importante entraînerait un dépôt de bilan ou une perte d’emploi pour plusieurs personnes.  Décidez-vous d’appuyer la poursuite des recherches vers une fouille programmée qui retarderait la construction du bâtiment de plusieurs années ?

En médecine.

Proposé par  F. Viallet.

Une équipe de recherche toulousaine travaille sur une maladie nommée « hernie diaphragmatique congénitale» qui touche les fœtus. Cette maladie est détectée lors de l’échographie du 4ème mois. Il s’agit d’une malformation du diaphragme qui n’empêche pas le fœtus de se développer in utero mais qui cause des dommages qui peuvent être important à la naissance de l’enfant : dans la moitié des cas l’enfant décède dans les premiers jours de vie ; les autres souffrent d’une insuffisance respiratoire qui peut parfois entrainer une invalidité permanente.  L’équipe de recherche qui envisage de vous embaucher pour votre thèse propose aux patientes dont le fœtus est atteint de hernie diaphragmatique, un protocole médical expérimental : entre la 28ème et la 32ème semaine de grossesse, le médecin procède à une intervention chirurgicale in utero avec anesthésie de la maman et du fœtus, où il implante dans la gorge du fœtus, un petit ballonnet qu’il laissera en place jusqu’au 8ème mois de grossesse, date à laquelle une nouvelle opération in utero permettra de l’enlever. Afin de pouvoir évaluer ce protocole expérimental, il est indispensable d’avoir un groupe témoin. Ainsi, lorsqu’une patiente souhaite bénéficier de ce protocole, elle n’a qu’une chance sur deux d’y avoir accès. Or il se trouve que malgré les risques médicaux liés au protocole et le manque de garanties scientifiques quant aux résultats, la majorité des patientes souhaite suivre ce protocole. Face au refus de l’équipe de recherche de leur appliquer le protocole, certaines patientes demandent à subir une interruption médicale de grossesse (IMG) à laquelle elles ont droit, eu égard à la gravité de la maladie.

Acceptez-vous d’effectuer votre thèse sur ce sujet, sachant que vous participerez au choix des patientes éligibles pour l’intervention chirurgicale et qu’il vous reviendra d’annoncer la décision aux parents (ainsi que les différents examens médicaux qu’ils devront forcement subir pour que les données médicales sur les deux groupes soient complètes) ?

Jean-Pierre Vandeuren

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